Dans un atelier de médiation artistique, celui ou celle qui anime ne fabrique souvent rien. Cette place, qu’on croit faite de retrait, est très active : on y donne des consignes, on s’y inquiète, on y transmet ses peurs, on y impose un cadre. Un vêtement posé sous une caméra m’a fait comprendre que, depuis cette place, chacun·e fabrique une institution, plus ou moins ouverte, plus ou moins malade. J’examine ici cette fabrication, et ce que change le fait de fabriquer avec les gens.
La main qui plane au-dessus de l’épaule
La scène est banale. Un groupe travaille, chacun·e est penché·e sur sa matière, et l’animateur·rice circule. J’ai longtemps décrit cette circulation comme de l’observation : la personne qui n’a rien à fabriquer regarde, note, documente, prépare son compte rendu. C’est en partie vrai, et j’ai fait tout cela. Mais à bien regarder ce que fait cette personne, l’observation n’est pas ce qui domine. Ses mains libres trouvent à s’employer, elles pointent un morceau de papier, elles miment le bon geste, elles redressent une découpe qui penchait. Sa voix donne des conseils que personne n’a demandés. Son regard passe au-dessus des épaules, moins pour recevoir ce qui s’invente que pour vérifier que ça se passe comme il faudrait, et quand ça ne se passe pas comme il faudrait, elle s’inquiète, et son inquiétude se voit, s’entend, se transmet au groupe. Celui ou celle qui ne fabrique pas n’est pas en retrait, il ou elle intervient sans cesse, et sa peur est souvent son principal moteur.
Si je me place maintenant du point de vue de la personne qui fabrique, la situation est celle-ci : je me risque devant quelqu’un qui ne se risque à rien. Je découpe maladroitement, je me trompe, je recommence, je montre à tout le monde ce que je ne sais pas faire, et pendant ce temps une personne qui ne produira rien qui puisse être jugé, qui n’a pas de main hésitante ni de résultat qui la trahisse, se penche par-dessus mon épaule pour m’indiquer comment mieux faire. Elle est en surplomb, non par arrogance, mais par la seule mécanique de la position, et elle y ajoute la charge de son inquiétude.
J’ai souvent écrit que la peur bloque l’apprentissage, et qu’un atelier ne fonctionne que si les personnes se sentent assez rassurées pour se risquer. Ce que je n’avais pas assez examiné, c’est que le premier signal envoyé au groupe n’est pas ce que l’animateur·rice dit, mais ce qu’il ou elle fait de ses mains pendant que les autres travaillent. Une main qui découpe et une main qui plane au-dessus d’une épaule ne disent pas la même chose sur la nature de ce qui est en train de se passer.
« Tout le monde est moniteur »
Cette question a été travaillée avant nous, et de manière radicale, dans la psychothérapie institutionnelle. En janvier 1940, François Tosquelles, psychiatre catalan qui fuit l’Espagne franquiste, arrive à l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban, en Lozère, avec dans son bagage deux livres, la thèse de Jacques Lacan et l’ouvrage du psychiatre allemand Hermann Simon sur la thérapeutique plus active. De Hermann Simon, il retient une idée qui renverse la perspective : l’hôpital lui-même est malade, malade de ses hiérarchies, de ses places figées, de sa routine, et pour soigner les malades il faut d’abord soigner l’hôpital. À Saint-Alban, pendant la guerre puis après elle, soignant·es et patient·es cultivent le potager ensemble, cuisinent ensemble, fabriquent un journal, font vivre un club géré avec les patient·es, et cette vie réellement partagée soigne.
Jean Oury, qui s’est formé à Saint-Alban auprès de François Tosquelles, fonde en 1953 la clinique de La Borde, où la règle était que tout le monde était moniteur. Médecins, psychologues, éducatrices, blanchisseuse, cuisinier : quelle que soit la formation académique, chacun·e prenait part aux tâches matérielles du quotidien. Félix Guattari, arrivé peu après, en a fait un dispositif, la « grille », un tableau de rotation où le ménage, la cuisine, les ateliers et les soins circulaient entre toutes et tous. Avec cette rotation, personne ne pouvait s’installer durablement dans la position de celui ou celle qui regarde les autres vivre ; personne n’était affecté·e à la seule fonction d’observer les autres vivre et de leur imposer un cadre.
L’intuition qui porte tout cela, c’est que la vie collective produit du soin quand elle est réellement partagée, et qu’elle en produit d’autant moins que les places y sont fixées. Éplucher des légumes ensemble, à Saint-Alban comme à La Borde, pouvait avoir plus d’effet qu’un entretien, parce que dans cette tâche il n’y a personne qui sait et personne qui ne sait pas, il y a des gens qui font la même chose côte à côte.
Je ne prétends pas transposer une pratique psychiatrique dans le champ de la médiation culturelle, dont les enjeux sont autres. Ce que je retiens, c’est le principe : la position de celui ou celle qui ne fabrique pas n’est pas une absence de position. C’est une place, elle produit des effets, et il faut la choisir en connaissance de cause plutôt que l’occuper par défaut.
Un vêtement sous la caméra
Un jour, dans un atelier de cinéma d’animation, des participantes ont apporté un vêtement, un tissu porté, et ont voulu l’utiliser comme matière d’animation sous la caméra. En trente-cinq ans de pratique, je n’avais jamais vu cela. J’ai déjà raconté cette scène dans l’article Lâcher ses critères, du point de vue des critères esthétiques qu’elle m’a demandé de lâcher. Ce que je n’y ai pas raconté, c’est ce qui s’est passé en moi.
J’ai senti monter, immédiatement, la volonté de leur dire de faire autrement. Cette proposition ne correspondait à rien de ce que je connaissais, et j’avais peur. Peur que ce soit compliqué, parce que le tissu est rugueux, qu’il a des épaisseurs et des reliefs, et que les bouts de papier découpé qu’il faut faire glisser dessus pour les animer risquaient d’accrocher à chaque image. Peur pour le temps, parce que d’autres films devaient être tournés après le leur, que le temps était compté, et qu’une expérimentation qui échoue se paie sur le planning de tout le monde. Peur, au fond, pour l’équilibre de mon atelier, que cette façon de faire atypique, sortie de mon cadre, risquait d’abîmer. Rien de tout cela n’était absurde, c’étaient des peurs de professionnel, appuyées sur de l’expérience, formulables en arguments raisonnables, et d’autant plus dangereuses pour cela.
J’ai fait l’effort d’aller contre ma volonté, c’est-à-dire contre mes peurs. Et je ne me suis pas contenté de laisser faire, je les ai aidées. Le tissu glissait, il fallait le tenir pour qu’elles puissent animer dessus, et je me suis retrouvé à soutenir de mes mains quelque chose qui me dépassait et dont je pensais que ça n’allait sans doute pas marcher. Au lieu d’être en surplomb, j’étais dessous, mes mains sous leur matière, au service d’idées qui étaient les leurs et pas les miennes. En aidant, j’ai aidé à ce que ça se passe bien. Je les ai aidées, elles, et j’ai aidé en même temps le cadre global de l’atelier à tenir, puisque leur film s’est fait et que les suivants ont pu se tourner. Ce jour-là, tenir le cadre et servir ce qui le débordait ont été un seul et même geste.
Ce qu’elles ont produit avait une grande richesse plastique. Le vêtement manipulé sous la caméra ouvrait des possibilités que le papier découpé ne permet pas, un poids, une chute, des plis qui retombent autrement, une mémoire de la forme humaine qui hante l’image. Je l’ai découvert ce jour-là, et je ne l’aurais découvert ni depuis une chaise, avec un carnet, ni en leur conseillant de revenir au papier. Le savoir nouveau ne m’est pas venu par l’observation ni par la consigne, il m’est venu par les mains. Je joins le film à cet article, pour qu’on puisse voir de quoi il s’agit.
Il reste que j’aurais très bien pu dire non, avec de bonnes raisons, dites gentiment, et personne n’y aurait rien trouvé à redire. C’est cela qui m’arrête quand j’y repense : si j’avais agi selon mes peurs, j’aurais fabriqué de mes propres mains, dans mon propre atelier, une institution malade.
L’institution, ce ne sont pas les murs
Ce mot d’institution demande qu’on s’y arrête. Dans l’usage courant, il évoque des bâtiments, des organigrammes, des règlements, quelque chose d’extérieur à nous, qui serait là avant nous et malgré nous. Les murs comptent, ils emportent les stigmates de ce qui s’y est vécu, et les systèmes d’organisation écrits nous donnent l’impression que l’institution est là, dans ces textes, hors de nous. Mais ce n’est pas là qu’elle se fabrique. Une institution est faite par des gens, et il n’y a pas besoin d’être nombreux : une seule personne, dans une interaction avec une seule autre, fabrique déjà de l’institution. De toute façon, on s’institue. La question n’est donc pas de savoir si on fabrique de l’institution, on en fabrique toujours ; la question est de savoir laquelle, plus ou moins normative, plus ou moins ouverte, plus ou moins malade.
René Lourau, dans L’Analyse institutionnelle (1970), décrit l’institution non comme une chose mais comme un processus, une tension permanente entre l’institué, les formes établies, et l’instituant, ce qui les déborde et les renouvelle. Et il insiste sur un point qui me concerne directement : personne n’analyse une institution de l’extérieur, chacun·e y est impliqué·e, chacun·e en est porteur·euse. J’ai détaillé dans l’article Le cadre qui autorise ce que la psychothérapie institutionnelle et la pédagogie institutionnelle entendent par institution, et la notion d’institution du moment, cette institution éphémère qu’un groupe se donne pour la durée d’un atelier. Ce que le vêtement sous la caméra m’a appris, c’est que cette institution du moment se joue dans des gestes minuscules, et qu’elle se décide au moment où une main se tend pour aider ou pour corriger, où une phrase commence par « il vaudrait mieux » ou par « montrez-moi ».
L’institution potentiellement malade, ce jour-là, n’était ni dans les murs du lieu ni dans le projet écrit de l’atelier. Elle était en moi, dans mes peurs de professionnel, prête à passer dans mes gestes à la première consigne. Comment tenir le cadre global d’un atelier, ce qui est mon rôle, sans être castrateur, sans être normatif, sans prendre la place de l’émancipation de l’autre ? Je n’ai pas de réponse générale, mais je tiens de ce jour-là une boussole : quand l’autre s’autonomise, nous dépasse, nous déstabilise, il faut l’aider, même si, et surtout si, ce n’est pas ce qu’on avait imaginé.
Diriger un festival en demandant aux gens ce dont ils avaient besoin
Cette manière de tenir un cadre, je l’ai aussi pratiquée hors de la médiation, dans le travail en équipe. Quand j’ai créé le festival Pocket Film en 2005 avec le Forum des images, je dirigeais le festival et, en même temps, je fabriquais moi-même l’outil de travail de mon équipe, un outil logiciel sophistiqué et très pratique. Je demandais aux personnes de quoi elles avaient besoin, et je les aidais dans le sens de leurs besoins et de leur autonomie, à l’intérieur de la culture du projet. Cette culture, c’était moi qui la tenais : nous étions là pour découvrir des formes d’expression audiovisuelle en train de s’inventer, que nous cherchions autant à susciter qu’à découvrir, et il fallait donc toujours inventer, toujours découvrir, ne jamais juger par rapport à nos critères préétablis. Un festival, c’est énormément d’organisation, et les problèmes d’organisation dévorent l’espace mental. Les outils que je fabriquais pour l’équipe servaient à cela, gagner du temps sur l’organisation afin de garder l’espace mental de s’ouvrir, de dépasser nos codes et nos habitudes.
Diriger en demandant aux gens ce dont ils ont besoin peut sembler paradoxal. Cela faisait pourtant pleinement partie de mon rôle de direction, et c’en était peut-être la part la plus utile. Les enjeux de la médiation et ceux du travail en équipe se rejoignent là : dans les deux cas, la personne qui tient le cadre sert l’autonomie de celles et ceux qui y travaillent, et elle le fait d’autant mieux qu’elle fabrique, elle aussi, quelque chose de concret pour elles et eux.
Ne pas faire à la place n’est pas ne rien faire
Un principe me semble difficilement négociable dans la médiation, on ne fait pas à la place des gens. La tentation est permanente et se présente sous des formes bienveillantes, c’est plus rapide, c’est plus efficace, on a peur que la personne échoue. Faire à la place de quelqu’un lui retire ce qui rendait l’atelier intéressant pour elle, l’expérience d’avoir produit quelque chose par soi-même.
Je me rappelle un atelier de réalisation de films d’animation avec des personnes très âgées, atteintes de démences. Une art-thérapeute avait préparé cet atelier avant ma venue et, pendant les séances, elle faisait énormément à la place des personnes. Cela ne partait pas d’une mauvaise intention, cela partait du souci que ça marche. Moi, je laissais plus de place qu’elle, même quand ce qui en sortait n’était pas exactement ce qu’on aurait souhaité. Elle m’a dit ensuite avoir appris quelque chose ce jour-là.
Ce principe est juste et je le maintiens. Mais je crois qu’il a produit chez beaucoup de médiateur·rices, et longtemps chez moi, une confusion : on a déduit du « ne pas faire à la place » un « ne pas faire du tout ». Or ce sont deux choses distinctes. Ne pas faire à la place de quelqu’un, c’est ne pas toucher à sa matière sans qu’il ou elle le demande, ne pas corriger son geste, ne pas reprendre son film pour l’améliorer. Faire à côté d’elle ou de lui, sur ma propre matière, avec mes propres maladresses, ne lui retire rien. Et l’aider quand il ou elle le demande, dans le sens de son idée à lui ou à elle, ne lui retire rien non plus : tenir un tissu qui glisse pendant qu’une autre personne l’anime, ce n’est pas faire à sa place, c’est se mettre au service de ce qu’elle fait.
« On a l’impression que ça se passe tout seul »
En 2026, dans le cadre d’ateliers de réalisation de films en réalité virtuelle avec des collégien·nes, j’organise des journées où chaque élève reçoit un rôle précis, quelque chose d’important à faire, de singulier, et où les rôles se complètent. Ensuite, pendant la journée, ils et elles font tout à leur manière. Je suis là pour prêter main-forte si nécessaire, mais ce sont elles et eux qui prennent les décisions. Une enseignante spécialisée en pédagogie nouvelle assistait à l’une de ces journées. Elle m’a dit être étonnée, et même déstabilisée, de voir à quel point les enfants étaient autonomes et prenaient des décisions, et elle m’a confié que cela l’inquiétait, qu’elle se demandait s’ils allaient y arriver. Ils et elles y sont très bien arrivé·es, et les films qu’ils et elles ont faits leur ressemblaient vraiment.
Aller jusque-là, jusqu’au bout de ce cadre, demande beaucoup plus de travail que de diriger. Si ça semble se passer tout seul, c’est qu’on a su amener les personnes, par la qualité du lien construit avec elles et par la place institutionnelle qu’on leur donne, à s’inscrire dans une confiance en elles-mêmes. Et il faut être extrêmement présent, parce que les mauvais réflexes, les leurs comme les miens, peuvent revenir très vite. Ce qui les tient à distance, ce sont des choses minuscules, un petit mot, un petit geste, une façon d’aider ou de ne pas aider, une façon de se mettre de côté si nécessaire. C’est extrêmement fin, ça ne se voit pas de l’extérieur, et c’est là que se fait l’essentiel du travail.
Carl Rogers, dans Le Développement de la personne (1961), fait le pari que la personne possède en elle les ressources pour orienter sa propre évolution, à condition qu’on lui offre un climat où cela peut advenir. On retient souvent de lui ce que l’accompagnant·e s’interdit : diriger, conseiller, interpréter à la place de l’autre. Mais Carl Rogers décrit ce climat par trois attitudes, et aucune des trois n’est une abstention. La considération positive inconditionnelle est un acte, l’empathie est un travail, et la troisième, qu’il appelle la congruence, engage la personne même de l’accompagnant·e : être réellement soi dans la relation, sans façade professionnelle, en accord avec ce qu’on éprouve. Un·e médiateur·rice qui a peur et qui ne travaille pas sa peur n’est pas congruent·e, et sa peur passera quand même, par le ton de la voix et par la main qui plane. La finesse dont je parle, le petit mot, le geste retenu ou risqué, demande d’abord ce travail sur ses propres peurs. Le climat n’est pas fait uniquement de ce que l’accompagnant·e s’interdit ; il est fait aussi de ce qu’il ou elle consent à risquer, et de ce qu’il ou elle est.
Fabriquer sans cesser de voir
Dans les ateliers que j’anime, je fabrique. Je découpe avec les autres, je fais mon film, je prends mes images, je pose mon téléphone sur la table avec les leurs. Cela ne m’empêche pas de tenir le cadre, d’être attentif à ce qui circule, de relancer quand une personne bloque. Le cadre n’est pas menacé par le fait que j’aie les mains prises, il est plutôt assuré par là, parce que je sais de l’intérieur ce que je demande aux gens de traverser.
Il est vrai que quand je fabrique, une part de mon attention passe dans ma propre matière. J’ai d’abord pensé cela comme une perte que j’acceptais. Je le formule autrement aujourd’hui : être à la fois engagé dans l’action et attentif à tout ce qui se passe, c’est la place même du médiateur ou de la médiatrice, et c’est pour cela qu’elle est si difficile à tenir et qu’elle consomme tant d’énergie. De l’extérieur, on voit quelqu’un qui s’amuse, qui fait des films avec les autres, et ça paraît tout simple. C’est en réalité un très haut niveau d’attention, qui ne se voit pas. Les personnes qui animent en binôme peuvent se répartir les positions, l’une fabrique pendant que l’autre reste disponible, puis elles échangent leurs perceptions ; quand j’anime seul, je tiens les deux à la fois. J’ai décrit dans l’article Recevoir, ou la difficulté de ne rien faire combien la disponibilité est en elle-même un travail ; fabriquer avec les gens ne retranche rien à ce travail, cela s’y ajoute.
Ce qui me paraît sûr, c’est qu’il faut au moins que la question soit posée. Un médiateur ou une médiatrice qui, pendant tout un atelier, n’a rien fabriqué, n’a rien montré, n’a rien raté devant les autres, et qui a passé son temps à conseiller, à corriger et à s’inquiéter, occupe une place dont il ou elle doit pouvoir rendre compte. Cette place n’est pas donnée par la nature des choses, elle est choisie.
Des gestes concrets pour changer de place
Cette rubrique se veut méthodologique, alors voici, pour finir, quelques gestes concrets tirés de ce chemin, à l’usage de qui voudrait déplacer sa place d’animateur·rice :
- Fabriquer sa propre matière dans chaque atelier. Faire son film, ses images, son découpage, avec ses maladresses visibles, et le montrer au même titre que les autres productions, ni plus ni moins.
- Poser ses outils sur la table commune. Un téléphone posé parmi les autres téléphones indique au groupe qu’on joue au même jeu, avec les mêmes risques.
- Ne pas toucher la matière d’un·e participant·e sans demande explicite. Et quand on aide, aider dans le sens de l’idée de la personne, pas dans le sens de la sienne, c’est elle qui dirige le geste, même si c’est ma main qui tient.
- Nommer sa peur avant de dire non. Quand une proposition sort du cadre prévu, identifier pour soi-même la peur qui pousse au refus, le temps, le matériel, le résultat, le regard du commanditaire, et décider ensuite seulement. Une peur nommée pèse beaucoup moins lourd qu’une peur déguisée en bon sens.
- Prévoir de la marge dans le déroulé. Quand chaque minute est allouée, on refuse presque mécaniquement toute proposition imprévue ; la marge rend le oui possible.
- Regarder ses propres mains de temps en temps. Sont-elles en train de fabriquer, de tenir, d’aider, ou de pointer et de corriger ? Elles en disent plus long que toutes les intentions sur la place qu’on occupe.
- En binôme, alterner explicitement les positions. L’un·e fabrique pendant que l’autre reste disponible, puis on échange les perceptions, et on inverse.
- En fin d’atelier, se demander ce qu’on a risqué. Qu’ai-je fabriqué aujourd’hui, qu’ai-je raté devant les autres, qu’ai-je aidé qui me dépassait ? Ces trois questions suffisent à faire l’inventaire de la place qu’on a occupée.