On présente souvent la technique du web comme une affaire de spécialistes, réservée aux personnes qui en connaissent le vocabulaire. Ses principes tiennent pourtant en quelques notions. Les connaître permet de juger ce que propose un prestataire, d’éviter qu’un site vieillisse vite, dépende d’une seule personne ou perde ses vidéos, et parfois de faire soi-même ce qu’on croyait hors de portée.
Hébergement, nom de domaine, logiciel de gestion de contenu, sauvegarde, référencement, vidéo, réseaux sociaux : je propose un tour d’horizon de ces notions de base, écrit pour des personnes qui ne sont pas informaticiennes. Je voudrais leur donner de quoi faire leurs choix, dialoguer avec un prestataire, et faire elles-mêmes une partie du travail.
Des sites qui vieillissent vite et dépendent d’un prestataire
Beaucoup de sites d’associations, de lieux culturels ou de petites entreprises vieillissent très vite. Au bout de quatre ou cinq ans, on les refait entièrement, et l’on perd souvent au passage une partie des contenus. Seul le prestataire sait les modifier. Le nom de domaine a été réservé à son nom. Personne, dans l’équipe, ne sait où le site est hébergé, ni s’il est sauvegardé. Et le jour où le prestataire cesse son activité, le site reste en l’état, sans mises à jour, jusqu’à ce qu’il ne fonctionne plus.
Pourquoi ? Les prestataires font ce qu’ils peuvent, avec le cahier des charges qu’on leur donne. Mais la personne qui commande le site manque souvent des connaissances qui lui permettraient de juger ce qu’on lui propose, de poser les bonnes questions, de demander les bonnes garanties. On lui a dit que c’était technique, donc réservé aux spécialistes, et c’est là qu’est le malentendu : les principes du web sont simples, et le jargon sert souvent à masquer cette simplicité. Il suffit de quelques notions pour lire un devis, comprendre ce qu’implique un choix d’outil, ou s’apercevoir qu’une promesse ne veut rien dire. « Grâce à nous, vous allez être bien référencé sur Google » en est une : on n’est jamais « bien référencé » dans l’absolu, seulement pour des recherches précises.
Et une fois ces notions acquises, on découvre qu’on peut faire soi-même bien des choses, jusqu’à installer un logiciel ou modifier l’apparence d’un site.
Cinq mots pour suivre une discussion technique
Le web repose sur des ordinateurs reliés entre eux par internet, dont certains, les serveurs, gardent des pages et les envoient à ceux qui les demandent. Les cinq mots qui suivent reviennent dans toute discussion avec un prestataire :
- Le serveur est un ordinateur allumé en permanence, chez un hébergeur. Il stocke les fichiers du site et les envoie aux personnes qui le consultent. L’hébergeur loue de la place sur ce serveur, souvent partagé entre de nombreux sites : on parle alors d’hébergement mutualisé.
- Le nom de domaine est l’adresse du site, comme monassociation.fr. Il se réserve, pour une ou plusieurs années, auprès d’un bureau d’enregistrement, et pointe vers le serveur qui héberge le site. Pour les adresses en .fr, le registre est tenu par l’Afnic.
- La page web est un fichier de texte, écrit en HTML. Des balises y indiquent ce qui est un titre, un paragraphe, un lien ou une image. Le HTML n’appartient à personne : le CERN a placé le logiciel du web dans le domaine public en avril 1993, et n’importe qui peut écrire une page sans demander d’autorisation ni payer de licence.
- Le navigateur (Firefox, Chrome, Safari, etc.) reçoit ce texte et l’affiche. On peut voir le code de n’importe quelle page avec le raccourci Ctrl+U (Cmd+Option+U sur Mac), et vérifier ainsi ce qu’elle contient vraiment.
- Le logiciel de gestion de contenu, ou CMS, fabrique les pages à partir d’une base de données. WordPress, SPIP, Joomla, Drupal, etc. : on y écrit ses articles dans une interface, sans toucher au code, et le logiciel les met en forme selon des gabarits. Selon W3Techs, plus de 40 % des sites du monde sont faits avec WordPress.
À qui appartient votre site ?
Il existe deux grandes manières d’avoir un site. Sur une plateforme en ligne comme Wix ou WordPress.com, l’entreprise fournit à la fois l’outil et l’hébergement : on s’inscrit, on choisit un modèle, et l’on publie. C’est rapide, mais l’organisation qui fait ce choix dépend d’une entreprise dont elle ne fixe ni les prix ni les règles, et qui peut disparaître ; il est souvent difficile d’en partir avec ses contenus. L’autre manière consiste à installer soi-même, chez un hébergeur, un logiciel libre comme WordPress (le logiciel, à ne pas confondre avec la plateforme WordPress.com) ou SPIP, pour une centaine d’euros par an ; on peut alors déménager quand on le décide, avec tous ses contenus, à condition de s’en occuper. J’ai résumé ce choix en une phrase, pendant un webinaire pour la Fondation Afnic en octobre 2025 : « l’indépendance, elle a le prix de la responsabilité ».
Avant de signer avec un prestataire, ou pour faire le point sur un site existant, je vous propose de vous poser ces questions, ou de les poser à votre prestataire :
- Qui est titulaire du nom de domaine, et qui reçoit les avis de renouvellement ?
- Chez quel hébergeur le site est-il installé, et qui détient les codes d’accès ?
- Avec quel logiciel le site est-il fait (libre ou propriétaire), et qui en installe les mises à jour de sécurité ?
- Où les vidéos sont-elles stockées : sur le serveur du site, ou sur une plateforme ?
- Comment récupère-t-on les contenus (textes, images, vidéos) si l’on change de prestataire ?
- Qui, dans l’équipe, saura publier et corriger une page, et qui l’y formera ?
- Qui fait les sauvegardes, à quelle fréquence, et où sont-elles conservées ?
Si les réponses tiennent en « c’est nous qui gérons », le site appartient en pratique au prestataire, et c’est le moment d’en discuter avec lui.
La pérennité : un site se conçoit pour dix ans
À mon sens, un site est d’abord une archive. Chaque page publiée garde son adresse et peut être trouvée des années plus tard par quelqu’un qui cherche précisément ce qu’elle contient. Encore faut-il que le site dure, et j’y vois trois conditions.
D’abord, les sauvegardes. Dans la nuit du 9 au 10 mars 2021, l’incendie d’un centre de données d’OVHcloud à Strasbourg a rendu inaccessibles environ 3,6 millions de sites, et certaines organisations, faute de copie ailleurs, ont perdu le leur. Un site se compose de fichiers (les vidéos comprises, quand elles sont sur le site) et d’une base de données ; on les copie régulièrement, on en garde un exemplaire ailleurs que chez l’hébergeur, et l’on vérifie au moins une fois qu’on sait les remettre en ligne.
Ensuite, les mises à jour. Un CMS est un logiciel installé sur un serveur relié en permanence à internet, et des personnes malveillantes y cherchent des failles. Les équipes qui le développent publient des correctifs, qu’il faut installer. Un site qu’on ne met jamais à jour risque d’être piraté, ou de cesser de fonctionner.
Enfin, les adresses. Quand une page change d’adresse lors d’une refonte, tous les liens qui y menaient, sur d’autres sites, dans des courriels, dans les résultats des moteurs de recherche, sont cassés. On redirige alors les anciennes adresses vers les nouvelles, et l’on garde en ligne les pages anciennes, même quand ce qu’elles annonçaient est passé. J’ai développé dans Responsabilité et sauvegarde informatique et dans Notre fragile mémoire ce que cette fragilité met en jeu pour la mémoire collective.
Comment une page est trouvée
Un moteur de recherche comme Google fonctionne en trois temps. Des programmes, qu’on appelle des robots, parcourent le web en suivant les liens d’une page à l’autre. Le texte des pages recueillies est rangé dans un immense index. Quand une personne tape sa recherche, le moteur classe les pages de l’index qui y correspondent, en tenant compte notamment des mots de la page, de ses titres, et des liens que d’autres sites font vers elle.
On en tire quelques conséquences pratiques. Une page apparaît dans les résultats de recherches précises, faites avec les mots qu’emploient les personnes qui cherchent : une association de philatélie a peu de chances d’apparaître pour « philatélie », beaucoup plus pour « philatélie » suivi du nom de sa ville. Le plus important, c’est le texte : un titre explicite, des intertitres, un premier paragraphe qui dit de quoi il s’agit, des images décrites par un texte. Et les moteurs ne sont plus seuls à recueillir le contenu des sites. Quand on interroge un assistant d’intelligence artificielle, la réponse est rédigée à partir de pages recueillies sur le web, et une organisation qui publie des pages claires, datées et à jour a plus de chances d’y figurer.
Héberger ses vidéos comme ses images
Je milite depuis longtemps pour qu’on traite les vidéos comme les images, et la technique le permet. Une vidéo est une suite d’images et un son, compressés par un procédé de codage (le plus répandu sur le web s’appelle H.264). Elle pèse beaucoup plus lourd qu’une photo, mais elle se met en ligne de la même manière : on dépose le fichier sur le serveur du site, et la page l’affiche. La balise <video> du HTML, que lisent tous les navigateurs, fait pour une vidéo ce que la balise <img> fait pour une image, et dans SPIP comme dans WordPress, on joint une vidéo à un article comme on y joint une photo. Il faut seulement que le fichier soit préparé pour le web. J’ai donné dans Bonnes pratiques pour la mise en ligne de vidéos un repère : un fichier de dix à vingt mégaoctets par minute passe à peu près partout. Le logiciel libre et gratuit HandBrake permet de le fabriquer soi-même, à partir du fichier exporté par un logiciel de montage, en cochant l’option « Web Optimized ».
Pourtant, la plupart des organisations mettent leurs vidéos sur YouTube ou sur Vimeo, souvent sur le conseil de leur prestataire, alors que rien ne les y oblige techniquement. Les vidéos sont alors stockées chez ces entreprises, et non sur le site : quand on sauvegarde le site, on sauvegarde les textes et les images, mais pas les vidéos. Que la plateforme change ses conditions, ferme un compte ou cesse son activité, et les pages du site n’affichent plus que des lecteurs vides. En déposant ses vidéos, on accepte aussi des conditions d’utilisation qui accordent à l’entreprise des droits sur elles. YouTube, enfin, ajoute de la publicité et propose à la fin d’autres vidéos que les vôtres.
Les vidéos d’une organisation font partie de son patrimoine, au même titre que ses textes et ses photos. Aux Lilas, où j’ai accompagné pendant quatre ans la direction des affaires culturelles de la ville, nous avons construit ensemble une plateforme vidéo qui héberge sur son propre serveur les films réalisés par les habitant·es. Les fichiers restent à portée de main, et l’on peut par exemple les projeter en avant-programme dans la salle de cinéma de la ville. Le travail de mise en ligne a aussi permis de retrouver des films qui, sans lui, auraient sans doute été perdus, ou jamais terminés. On en trouve le récit dans Plateforme vidéo « La fabrique numérique aux Lilas ».
Rien n’empêche ensuite de publier aussi une vidéo sur YouTube, quand on veut la faire circuler largement à un moment précis ; la version de référence reste celle du site. Et une vidéo n’est trouvée par les moteurs de recherche que grâce au texte qui l’accompagne : un titre, une présentation, et si possible une transcription ou des sous-titres, qui servent aussi aux personnes sourdes ou malentendantes. Une vidéo placée dans une page du site, avec ce texte autour, a donc plus de chances d’être trouvée qu’une vidéo posée sur une chaîne YouTube peu visitée, comme je l’ai montré pour les lieux culturels dans Lieux culturels et réseaux sociaux.
Les réseaux sociaux, pour faire connaître
Facebook, Instagram, LinkedIn ou TikTok appartiennent à des entreprises privées. On y publie dans un fil, où chaque publication est vite recouverte par les suivantes, au bout de quelques heures ou de quelques semaines. Ce que les abonné·es voient dépend du classement établi par la plateforme. Les textes y sont courts (2 200 caractères au plus pour une légende Instagram). Beaucoup de publications ne s’affichent qu’aux personnes connectées à un compte, et elles sont mal indexées par les moteurs de recherche ; depuis juillet 2025, Instagram laisse les moteurs indexer une partie des photos et vidéos publiques, mais c’est l’entreprise qui en a décidé, et elle peut revenir sur ce choix.
Les réseaux sociaux servent donc à faire connaître l’organisation, à annoncer ses rendez-vous, à relayer, à dialoguer avec le public. Le site, lui, est le lieu de l’information de référence, de l’histoire et des récits de l’organisation. Je propose d’écrire d’abord sur le site, puis de relayer la page sur les réseaux sociaux, avec un lien. J’explique cette répartition dans Stratégie éditoriale d’une organisation : le site web, archive vivante et source de référence, et les réseaux sociaux pour le faire connaître.
Ce que vous pouvez faire vous-même
Avec ces notions, une bonne part du travail quotidien sur un site est à la portée de n’importe quelle équipe :
- publier un article, corriger un horaire, ajouter une image dans le CMS ;
- afficher le code source d’une page (Ctrl+U) et vérifier son titre, ses intertitres, la description de ses images ;
- réduire le poids d’une photo, ou encoder une vidéo pour le web et la mettre en ligne sur le site comme une image ;
- télécharger une sauvegarde du site depuis l’interface de l’hébergeur ;
- lire les statistiques de fréquentation pour savoir quelles pages sont consultées ;
- comprendre un devis, et demander pourquoi une ligne coûte ce qu’elle coûte.
Pour aller plus loin (installer un logiciel, modifier un gabarit, écrire quelques lignes de code), un accompagnement suffit souvent, et l’on peut aujourd’hui se faire expliquer le code par une intelligence artificielle, comme je l’ai raconté dans Coder ou ne pas coder ?. Je reprends chacune de ces notions plus en détail dans les autres articles de cette rubrique. J’ai présenté une première version de ce tour d’horizon pendant les trois webinaires que j’ai animés pour la Fondation Afnic en octobre 2025, dont les enregistrements sont rassemblés dans Ressources du webinaire « Mieux communiquer sur le web ».