Une rentrée à 220 voix

Récit d’une matinée sur les pratiques culturelles des jeunes, animée pour les 220 agent·es de la direction de la culture de Laval, le 2 septembre 2026.

2 septembre 2026 Benoît Labourdette  13 min

Le département « Cultures pour tous » de Laval et Laval Agglomération m’a confié l’animation de son temps de rentrée, une matinée entière consacrée aux pratiques culturelles des 15-25 ans. 150 personnes étaient attendues, 220 sont venues, des professeur·es du conservatoire aux équipes de la lecture publique, du patrimoine, des musées, des archives et de l’accueil. Chacune a pris la parole au moins deux fois, et 80 contributions écrites ont été partagées en ligne. Je raconte ici cette matinée comme elle s’est déroulée, avec ce que j’y ai proposé, ce que j’y ai dit, et pourquoi je m’y prends ainsi.

Un territoire qui investit sa culture

Laval est une ville d’environ 50 000 habitants, dans une agglomération qui en compte 110 000. Son conservatoire est l’un des plus importants de France rapporté à sa population, avec 4 000 élèves et une centaine d’équivalents temps plein d’enseignement artistique. La ville compte aujourd’hui six mille étudiant·es, contre trois à quatre mille il y a peu, et s’en donne dix mille pour objectif ; une école de design s’y est installée. L’éducation artistique et culturelle y est très construite jusqu’à la fin du collège. Depuis peu, un lieu rassemble une grande partie de ces forces, Le Quarante, qui abrite le conservatoire, une « place du village » intérieure, un auditorium, des espaces de travail que les étudiant·es se sont déjà appropriés. C’est là que la matinée s’est tenue.

J’ai construit ce projet avec Emmanuel Têtedoie, directeur du département Cultures pour tous, François-Marie Foucault, directeur du Quarante et du conservatoire, et Clarisse Dire, directrice de la lecture publique et du patrimoine. Les personnes du département travaillent sur des sites différents, dans des métiers différents ; cette matinée de rentrée est le seul moment de l’année où elles se croisent toutes. On pourrait n’y faire qu’une réunion fonctionnelle, les emplois du temps, les informations service par service. Le choix a été autre, et je le tiens pour un choix politique : consacrer ce moment rare à une question de fond, commune à tous les métiers, et le vivre ensemble du début à la fin. Pour Emmanuel Têtedoie, ne pas céder au catastrophisme engageait ses équipes, la coopération avec les jeunes et le sens même de leur travail ; et il voulait que chaque personne reparte riche de quelque chose, ne serait-ce que d’avoir pris la parole.

Préparer longtemps pour improviser juste

Nous avons préparé cette matinée durant tout l’été, en plusieurs visioconférences, avec un document de déroulé que je remettais à jour après chaque échange. Tout y est passé, le minutage à cinq minutes près, les questions exactes des temps en binôme, le choix de feutres qui ne tachent pas les sièges de l’auditorium, la taille de l’écran, le micro. Mes interlocuteur·rices m’ont raconté leur territoire et leurs équipes ; j’ai beaucoup appris d’eux, sur le projet pédagogique du conservatoire qui accompagne les élèves vers leurs pratiques autonomes, ou sur la Magma, cette marche artistique et revendicative portée en juin par un collectif de jeunes Lavallois·es avec l’accompagnement de l’institution. On se prépare comme on répète, précisément pour pouvoir improviser le moment venu. La veille, je suis arrivé à Laval en fin de journée ; le matin à huit heures, nous installions les espaces tous ensemble : Emmanuel Têtedoie, François-Marie Foucault, Clarisse Dire, les équipes du lieu et moi. Où placer les tables, comment répartir les livres : cet accueil-là aussi s’est préparé collectivement.

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Des livres au milieu du passage

Dès 9h15, l’accueil sur la place du village, autour d’un petit-déjeuner. J’avais apporté de ma bibliothèque environ trois cents livres (sociologie de la jeunesse, numérique, médiation, pédagogie, psychanalyse), que nous avions disposés sur des tables placées en plein passage. Sur les tables, des QR codes : chacun·e pouvait photographier les couvertures qui l’attiraient et les déposer dans un dossier commun, pour constituer une bibliographie collective en ligne.

Je ne savais pas si cela fonctionnerait un jour de rentrée, entre collègues qui ne se sont pas vu·es de l’été. Cela a fonctionné au-delà de ce que j’espérais. Les gens lisaient, se montraient des couvertures, photographiaient, discutaient ; certain·es sont arrivé·es bien avant l’heure. La raison est méthodologique. Un objet posé entre les personnes permet de se rencontrer sans être l’objet de l’autre. On se retrouve autour des livres, chacun·e en fait ce qu’il ou elle veut, les feuillette ou non, les photographie ou non. Personne ne dit à personne quoi faire. J’avais prévu de faire ce commentaire pendant la matinée et je l’ai oublié ; le voici.

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À l’écran, leurs photos

À 10h, en entrant dans l’auditorium, les personnes ont découvert sur un écran immense leur bibliographie collective, les photos qu’elles venaient de faire, toutes mélangées. Pas de première diapositive avec le titre de la matinée ; à l’écran, ce que les personnes présentes avaient déjà créé.

Emmanuel Têtedoie a introduit la matinée, entouré de Clarisse Dire et de François-Marie Foucault, en expliquant le choix de ce format et de ce thème, puis en diffusant une chronique récente de France Culture sur le recul des pratiques culturelles, au ton alarmiste, posée là comme matière à travailler. Agnès Camarena, adjointe à la culture et aux droits culturels de la ville de Laval, entrée en fonction depuis peu, a dit ensuite son refus du catastrophisme et sa confiance dans les pratiques des habitants.

Puis j’ai pris le micro, et j’ai commencé par donner le programme complet de la matinée, jusqu’aux consignes d’écriture de la fin. Quand on est assis dans une salle sans savoir ce qui va arriver, le temps nous est confisqué, même par quelqu’un de bienveillant. Quand on sait où l’on va, on peut se projeter, choisir sa manière d’être là. Sur ma table, une caméra est reliée à l’écran : ce que je pose dessous apparaît en grand. J’y ai placé ma montre, bien en vue, en commentant ce geste : je surveillerai le temps, le cadre annoncé sera tenu, je ne prends personne en otage. Ce sont des détails, et ces détails disent aux personnes qu’elles sont respectées.

Autre choix visible, pas de diaporama. Sous cette même caméra, des piles de livres ; je montre les couvertures en grand, je feuillette, je choisis sur le moment selon ce qui se passe et ce qui se dit. Le matériau est là, plus vaste que ce qui sera utilisé, et chacun·e voit que rien n’est formaté.

Avant de me présenter, j’ai proposé un premier exercice : dix questions, on se lève si la réponse est oui, on reste assis sinon. Qui a moins de 30 ans, qui est parent d’adolescent·es, qui se sent encore jeune dans sa tête, qui est venu·e à vélo, qui porte des vêtements de réemploi, qui a regardé une vidéo sur son téléphone hier, qui pense que les réseaux sociaux sont dangereux, qui croise des 15-25 ans dans son travail, qui passe plus de trois heures par jour devant un écran, qui a TikTok sur son téléphone. Deux minutes, des rires, et les communautés réelles du groupe qui apparaissent. Deux contrastes m’intéressaient particulièrement : tout le monde debout sur les trois heures d’écran quotidiennes, presque personne sur TikTok, l’application la plus utilisée par les jeunes, dont les utilisateur·rices ont en moyenne 29 ans. Et j’ai fait tout de suite le commentaire de méthode : cet exercice est réutilisable tel quel, avec des jeunes, avec un public, avec une équipe ; il est drôle, peu impliquant, et il donne au groupe une image de lui-même.

Première partie : la jeunesse n’existe qu’au pluriel

J’ai ouvert mon premier temps d’apport par la catégorie elle-même : la jeunesse est d’abord un découpage. L’adolescence est une invention du XXe siècle, une construction sociale plus qu’une réalité biologique ; Pierre Bourdieu l’a résumé en 1978 : « la jeunesse n’est qu’un mot », un découpage des âges qui organise des places et des rapports de pouvoir. De là, quelques repères, livres en main sous la caméra :

  • La stigmatisation de la jeunesse ne date pas d’hier. Salomé Saqué, dans Sois jeune et tais-toi (Payot, 2023), cite Hésiode, vers 700 avant notre ère, déplorant déjà une jeunesse « insupportable, sans retenue ». Clarisse Dire m’avait transmis une référence que j’ai découverte avec bonheur : les lois somptuaires de l’Italie médiévale, étudiées par l’historienne Ilaria Taddei, qui taxaient les vêtements des jeunes jugés trop courts. Rire ensemble de cette permanence aide à repérer nos propres jugements.
  • Les chiffres contredisent le discours du déclin. Les 16-29 ans sont la classe d’âge qui sort le plus : 76 % ont eu au moins une sortie culturelle dans l’année, contre 56 % des 50-64 ans et 38 % des 65 ans et plus (Insee, données 2022). 27 % des moins de 25 ans sont allés en festival dans l’année, pour 19 % des Français·es en moyenne. 84 % des 15-24 ans vont au cinéma. Et ils passent en moyenne 3h34 par jour sur leur téléphone, où l’essentiel de ce qu’ils font relève des pratiques culturelles.
  • Une classe d’âge n’est pas une classe de goûts. Le sociologue Camille Peugny (Pour une politique de la jeunesse, Seuil, 2022) montre l’hétérogénéité culturelle et politique totale de la jeunesse ; les goûts formés vers 15 ans persistent tout au long de la vie. « Ça va plaire aux jeunes » n’a donc pas de sens. Ce que les jeunes partagent vraiment, tous milieux confondus, c’est l’inquiétude face à l’avenir.
  • Les enquêtes donnent des chiffres, pas des consignes. Dans nos métiers, nous sommes auprès de personnes réelles ; leur demander ce qu’elles font et ce qu’elles pensent n’est pas de la démagogie, c’est le premier lien. Et c’est à nous, les encadrant·es, d’aller vers elles et eux.

J’en ai profité pour un détour par l’esprit critique, en revenant sur la chronique entendue en ouverture. Un message est toujours produit par quelqu’un, depuis un endroit, pour quelqu’un, dans un but ; Marshall McLuhan et Bourdieu l’ont établi chacun à leur manière, et cela vaut pour les journalistes comme pour moi. Encore faudrait-il, avant d’annoncer le recul des pratiques culturelles, définir ce qu’on appelle pratique culturelle.

Puis j’ai proposé le premier temps en binôme, chacun·e avec sa voisine ou son voisin. Une minute trente pour parler pendant que l’autre écoute seulement, puis on inverse, chronomètre à l’écran. La question : qu’est-ce que j’ai déjà modifié dans ma manière de faire, ou de penser, à la suite d’un échange avec un ou une jeune ? Les trios se sont organisés autrement, je leur ai adapté la consigne. Et j’ai dit ensuite pourquoi je tiens à cet exercice : chacun·e parle et est écouté·e, sans jugement public ; et moi, l’animateur, je ne sais pas ce qui s’est dit. C’est frustrant, et c’est précieux. Cela m’invite à lâcher le fantasme de maîtrise sur les élaborations des autres, un fantasme de bonne volonté, mais un fantasme de pouvoir.

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Deuxième partie : le numérique, un milieu d’existence

Deuxième temps d’apport, le numérique. Ma définition, que chacun était libre de discuter : le numérique n’est pas un outil parmi d’autres, c’est un milieu d’existence, comme l’air, l’eau ou l’électricité. Sans numérique, plus d’hôpitaux, plus d’écoles, plus de sécurité. On ne peut pas être pour ou contre un milieu ; on peut regarder ce qu’on y fait.

Michel Serres, dans Petite Poucette (2012), le disait à propos de la génération des pouces : ces outils ne rendent pas moins intelligent, ils forment les cerveaux autrement, avec des compétences différentes. Le langage SMS, tant moqué en son temps, était l’invention d’une langue par une génération, faite exprès pour que les adultes n’y entrent pas. Créer une langue, c’est le contraire de ne pas maîtriser la langue. Et j’ai rappelé 1450 : l’imprimerie fut accueillie comme une catastrophe qui allait galvauder le savoir et dispenser d’apprendre. Ce qui se jouait vraiment, c’étaient des places de pouvoir. Elle a produit la Renaissance et les Lumières. Nos jugements sur internet hier, sur l’intelligence artificielle aujourd’hui, méritent d’être regardés avec cette mémoire.

Sur les écrans et la santé, j’ai dit l’état réel de la recherche : des désaccords profonds entre scientifiques. Une étude finlandaise récente, qui a suivi 260 adolescent·es pendant huit ans, relève de meilleures capacités cognitives chez celles et ceux qui utilisent le plus les écrans, et ses auteur·rices mêmes mettent en garde contre toute lecture causale directe. Le temps d’écran, en soi, ne dit rien ; tout dépend de ce qu’on y fait. Nous ne jugeons d’ailleurs jamais le nôtre, puisque nous savons ce que nous y faisons.

Alors, que font les jeunes ? J’ai décrit TikTok de l’intérieur, moi qui l’avais jugé sans le regarder il y a dix ans ; je l’ai raconté sans détour, je l’avais d’ailleurs écrit dans la revue de l’Observatoire des politiques culturelles. Ce qui distingue cet espace :

  • l’audience organique : chaque vidéo publiée est montrée à une centaine de personnes, puis à davantage si elle rencontre un écho ; une première vidéo peut être vue des millions de fois, ce qui n’existe sur aucun autre réseau ;
  • le partage et le commentaire, qui rendent chaque personne agissante dans la circulation des contenus ;
  • un bouton de création : on regarde, on appuie, on filme, on publie. Les « tendances » voient des dizaines de milliers de personnes se répondre en chorégraphies sur une même musique, une sorte de palimpseste artistique à grande vitesse.

80 % des jeunes ont déjà créé ou contribué sur les réseaux sociaux. La place qu’offre un tel espace n’est pas seulement celle d’un·e spectateur·rice : chacun·e y recommande, y fait circuler, et peut créer. Voilà pourquoi je demande qu’on y regarde de près avant de juger, et pourquoi je déconseille aux institutions culturelles de s’épuiser en chaînes YouTube à douze vues.

J’ai partagé aussi ma pratique d’ateliers, en hôpital de jour, en mission locale, avec des demandeur·ses d’asile : chaque séance aboutit à quelque chose de réalisé (un podcast, un dessin, une vidéo), mis en ligne le jour même, avec le nom des personnes. Nommer, c’est ce qui permet la symbolisation, ce qui aide chacun·e à se reconnaître et à se construire. Et le ou la jeune qui a manqué une séance n’est pas largué·e, il ou elle retrouve la trace. Le numérique, utilisé ainsi, est un outil de lien. L’espace en ligne de cette matinée, QR codes compris, est d’ailleurs hébergé sur le serveur de mon agence, dans une zone industrielle de Clermont-Ferrand, hors des grandes plateformes.

Une personne est intervenue pour nuancer mes propos sur les réseaux sociaux ; elle avait raison de le faire, je l’ai dit, et c’est exactement pour cela qu’on a besoin les uns des autres. Puis j’ai lancé le deuxième temps en binôme, en changeant de binôme : une idée d’action auprès des jeunes, la vôtre ou une que vous avez menée et qui a marché, à partager avec votre voisin·e. À la fin, j’étais de nouveau frustré de ne pas savoir, et de nouveau, c’était le principe.

Troisième partie : la démocratie culturelle, concrètement

Dernier temps d’apport, les droits culturels. Le mot figure dans la délégation de l’élue, et il peut sembler conceptuel, presque obligatoire ; j’ai voulu en donner une définition compréhensible, synthétique et opérante. Ils s’enracinent dans la Déclaration universelle des droits humains de 1948 et ont été formalisés en 2007 par la déclaration de Fribourg, autour du philosophe Patrice Meyer-Bisch ; un groupe de travail, dont je fais partie, la réécrit actuellement à l’aune des enjeux écologiques, numériques et de genre. La culture y est prise au sens anthropologique : la langue que je parle, mes goûts, mon quartier, mes ancêtres. Respecter les droits culturels d’une personne, c’est respecter sa culture, donc sa dignité. Et une personne dont la culture est respectée peut alors, à ses propres yeux, donner de la valeur à cette culture, condition pour contribuer à la vie de la cité. Beaucoup de jeunes, quand on leur demande leurs goûts, répondent « j’aime ça, mais c’est nul » : ils et elles ont appris à mépriser leur propre culture.

De là, la distinction entre démocratisation culturelle (rendre accessibles au plus grand nombre les grandes œuvres, le projet de Malraux en 1959) et démocratie culturelle (susciter la créativité de chacun·e et l’enrichissement mutuel, la feuille de route de 1982). Les deux se complètent, mais la seconde exige de renoncer à la condescendance. Le sociologue Tomas Legon l’a montré à propos des dispositifs scolaires de cinéma : conçus pour élargir les horizons, ils touchent surtout les jeunes déjà doté·es, et confortent les autres dans leur rejet. Aucun relativisme là-dedans : reconnaître la diversité des cultures n’interdit ni l’exigence ni les cheminements, cela interdit la hiérarchie qui stigmatise.

J’ai appuyé cette partie sur deux références qui me sont essentielles :

  • John Dewey, L’art comme expérience (1934). L’art n’est pas l’objet, c’est l’expérience que des humains vivent dans la rencontre avec l’objet. Dans nos projets d’ateliers, cela déplace tout : ce qui compte n’est pas la beauté du résultat, c’est le processus vécu par chaque personne ; et raconter ce processus au moment de la restitution donne leur valeur aux œuvres les plus fragiles. Les plateformes numériques l’ont compris à leur manière, avec le design d’expérience ; à nous de le comprendre à d’autres fins que le commerce.
  • Olivier Houdé, sur la résistance cognitive. Apprendre, c’est créer de nouvelles connexions neuronales, ce qui coûte cher en énergie ; sous stress ou sous menace de jugement, le cerveau repasse en pensée réflexe et l’apprentissage devient, au sens propre, biologiquement impossible. La place de chacun·e dans un groupe n’est donc pas un supplément d’âme : c’est la condition matérielle pour qu’on y apprenne quelque chose.

D’où ma définition du cadre, que je travaille depuis longtemps avec le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron : le cadre n’est pas ce qui interdit, c’est ce qui autorise. L’enseignant·e qui reste « pour faire la police » pendant l’atelier détruit le cadre qu’il ou elle croit tenir. Et l’on n’apprend pas des informations, on apprend des expériences vécues : un atelier de prévention où les jeunes font ce qu’on attend d’eux enseigne surtout à répondre à l’attente des adultes.

Quatre-vingts feuilles à l’écran

Restait le moment que j’avais annoncé dès le début comme le plus important de la matinée. Dix minutes d’écriture individuelle, feutre et papier, quatre entrées possibles :

  • une synthèse : ce que je retiens, en un mot ou une phrase ;
  • un désaccord : on a le droit, et c’est important de l’écrire ;
  • une contribution : un point qui aurait manqué ;
  • une idée d’action avec les jeunes, à partager.

Chacun·e a photographié ses feuilles via le QR code. 80 contributions manuscrites sont apparues sur le grand écran, aucune ne ressemblant à une autre, et des désaccords y avaient toute leur place. La discussion s’est appuyée sur ce mur jusqu’à midi pile, comme annoncé. L’après-midi, les équipes ont continué à travailler par groupes, certaines le lendemain encore.

L’espace en ligne reste ouvert. Une synthèse écrite est en préparation, qui intégrera les contributions, pour les présent·es comme pour les collègues absent·es. Ce que ces 220 personnes se sont dit en binôme, personne ne le saura, et c’est très bien ainsi : ce qu’elles ont créé leur appartient. Si cette matinée a fait commun, ce n’est pas parce que tout le monde y a pensé pareil ; c’est parce que chacun·e pouvait y penser autrement que sa voisine, et le dire. Merci à Emmanuel Têtedoie, François-Marie Foucault et Clarisse Dire pour la confiance et la finesse de la préparation, et à Agnès Camarena pour son ouverture.

Pour prolonger :
Culture, jeunesse et numérique (rubrique de ressources)
Méthodes de médiation culturelle (rubrique de ressources)
Repenser la culture pour la jeunesse. De la démocratisation à la démocratie culturelle
Vers une médiation culturelle jeunesse renouvelée. Droits culturels et ère numérique

Portfolio

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Voir aussi

Dans la rubrique Mieux travailler avec la jeunesse 19 publications

Citer ce texte Benoît Labourdette, « Une rentrée à 220 voix », Benoît Labourdette production, 2 septembre 2026.
https://www.benoitlabourdette.com/les-recits/mieux-travailler-avec-la-jeunesse/une-rentree-a-220-voix?lang=fr

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