Chapitre 6 : La définition de l’image

Avant de tourner, il faut choisir les paramètres de sa caméra, même quand cette caméra est un téléphone, et après le montage il faut encore choisir ceux du fichier qu’on exporte. Le premier de ces paramètres est le nombre de pixels, du DVD à la 4K, sans oublier le Flat et le Scope des salles de cinéma.

31 octobre 2026 Benoît Labourdette  6 min

Est-ce que ça vous est déjà arrivé ? Le montage est fini, il faut faire un fichier, et le logiciel propose plusieurs formats sans qu’on sache lequel prendre. Dans une caméra, et même dans un simple téléphone, il y a aussi des paramètres à choisir, 4K, Full HD, 2K, et l’on prend en général celui qui se présente comme le meilleur. Je donne ici les principales définitions qu’on rencontre aujourd’hui. Je simplifie un peu, il en existe bien d’autres, mais je voudrais donner des éléments pour comprendre, et pour choisir sa définition en partant de l’endroit où le film sera vu.

Du téléphone au vidéoprojecteur

Quand je tourne avec mon téléphone ou avec ma caméra, je récupère un fichier vidéo. Quand je monte, j’assemble plusieurs de ces fichiers, et à la fin j’en exporte un autre. Quand je diffuse, sur un site, dans une salle ou dans une exposition, c’est encore un fichier qui est lu. Le fichier vidéo traverse donc tout le travail. Même avec CapCut, une application de montage très simple sur téléphone, il faut faire attention à ses paramètres : l’application règle le projet sur la première vidéo qu’on importe, du moins dans la version que j’utilise, et les vidéos suivantes sont adaptées à celle-là sans qu’on le sache.

La définition, c’est le nombre de pixels dont l’image est faite, en largeur et en hauteur, 1920 × 1080 par exemple. Les logiciels disent presque tous « résolution », mais ce n’est pas le bon mot. La résolution est une densité, un nombre de pixels par centimètre ou par pouce. Une image de 1920 × 1080 pixels a une résolution très fine sur un téléphone et très grossière sur un mur de dix mètres, et c’est pourtant la même image, avec la même définition.

Les principales définitions

Des définitions, il y en a beaucoup, c’est ce qui complique le choix, et parfois on n’a pas le choix du tout. Voici celles qu’on rencontre le plus souvent en vidéo. Pour qu’on se rende compte des surfaces, j’indique pour chacune la part qu’elle représente par rapport à une image 4K :

  • la SD, celle du DVD : 720 × 576 pixels en Europe (720 × 480 aux États-Unis et au Japon), soit 5 % de la surface d’une image 4K ;
  • le 720p, ou HD Ready : 1280 × 720 pixels, soit 11 % ;
  • le Full HD, ou 1080p : 1920 × 1080 pixels, soit 25 % ;
  • l’Ultra HD, qu’on appelle 4K : 3840 × 2160 pixels, 100 %.

Je suis étonné, dans mes échanges avec les étudiant·es, de voir que le DVD est toujours là. Sa définition s’appelle SD, pour Standard Definition. La différence entre l’Europe et les États-Unis vient de l’histoire de la télévision, que j’ai racontée dans le Chapitre 3 : La technologie de la télévision. Le DVD est un support, et la SD est une définition : on ne peut pas mettre davantage de pixels sur un DVD, mais on peut tout à fait faire un fichier SD sans DVD.

Le Blu-ray, commercialisé en 2006, porte la HD, High Definition, dans sa version la plus courante, le Full HD. Si l’on fait le calcul, une image Full HD contient un peu plus de deux millions de pixels, et une image SD un peu plus de quatre cent mille, soit cinq fois moins. C’est pour cela qu’un DVD regardé sur un grand téléviseur paraît flou aujourd’hui.

Entre les deux, il y a le 1280 × 720, qu’on appelle aussi « 720p » ou, sur les téléviseurs de la deuxième moitié des années 2000, « HD Ready ». La qualité est déjà très bonne, et les fichiers sont beaucoup plus légers que le Full HD, donc plus faciles à diffuser et à conserver. C’est en 720p que j’encode les films d’ateliers que je mets en ligne.

Le Full HD s’appelle aussi « 1080p ». Le « p » signifie progressif : chaque image est complète, par opposition au « i » de l’entrelacement, que j’ai expliqué dans le Chapitre 4 : L’entrelacement vidéo. Le Full HD peut sembler daté, il reste pourtant la définition la plus répandue. C’est la définition de base des caméras et des téléphones, et la plupart des vidéoprojecteurs et des écrans que je rencontre dans les musées, les médiathèques ou les salles polyvalentes sont en 1920 × 1080.

Avec l’Ultra HD, on multiplie par deux la largeur et la hauteur du Full HD, et la surface de l’image devient quatre fois plus grande. Il existe aussi la 8K, 7680 × 4320 pixels : on double encore, et l’on arrive à seize fois le Full HD. Quelques téléphones savent déjà filmer en 8K.

Le Flat et le Scope

Dans une salle de cinéma, on ne projette pas un fichier MP4. On projette un DCP, pour Digital Cinema Package, qui réunit l’image, le son et les sous-titres. J’ai expliqué comment en fabriquer un avec le logiciel DCP-o-matic dans Créer un DCP pour la projection en salle. Un DCP est en 2K ou en 4K, et le 4K du cinéma mesure 4096 × 2160 pixels, un peu plus large que celui des téléviseurs. Mais l’image projetée n’a que deux formats :

  • le Flat : 1998 × 1080 pixels en 2K, 3996 × 2160 en 4K, soit 1,85 de large pour 1 de haut ;
  • le Scope : 2048 × 858 pixels en 2K, 4096 × 1716 en 4K, soit 2,39 de large pour 1 de haut ; on dit encore souvent 2,35, la valeur du Cinémascope des années 1950.

Ces deux formats sont plus larges que le 16/9 de nos téléviseurs, qui fait 1,78 de large pour 1 de haut. Quand on regarde un film de cinéma sur un écran 16/9, il y a donc des barres noires en haut et en bas. Pour un film en Flat, elles sont fines, une vingtaine de pixels en haut et en bas sur un écran Full HD. Pour un film en Scope, elles sont larges, près de 140 pixels en haut et autant en bas, et l’image n’occupe plus que les trois quarts de la hauteur de l’écran. Ces barres permettent de voir le film dans ses proportions, sans le déformer ni le couper.

Le problème se pose aussi dans l’autre sens. Quand je fabrique un DCP à partir d’un film monté en 16/9, je le place dans le format Flat, et le logiciel ajoute de fines barres noires verticales, de 39 pixels de chaque côté.

Les pixels ne font pas toute la qualité

Quand je demande si les DVD sont de bonne qualité, beaucoup de gens répondent que oui. Ils sont très étonnés d’apprendre que l’image d’un DVD, une norme qui date de 1997, ne fait que 720 × 576 pixels, parce qu’on a l’idée qu’une bonne image a forcément beaucoup de pixels. Je pose justement la question pour déconstruire cette idée. Avez-vous déjà vu, sur un DVD ou sur internet, l’image se mettre tout à coup à faire de gros carrés, puis redevenir normale ? Ce défaut vient de l’encodage, la manière dont le fichier a été compressé. J’ai fabriqué beaucoup de DVD : leur définition est fixée, et tout le travail sur la qualité de l’image passait par l’encodage.

C’est aussi l’encodage qui permet à un film d’être vu par internet. J’ai projeté récemment, sur un écran 4K, un film collectif tourné avec un appareil photo en Full HD. Je l’avais encodé en 1280 × 720 pour qu’il puisse être lu par internet, et il était lu directement en ligne, par le partage de connexion de mon téléphone. Je cliquais, et le film démarrait tout de suite, sans saccade. C’est ce que font les plateformes vidéo avec les fichiers qu’on leur confie : elles les encodent pour qu’ils soient compatibles avec le fonctionnement d’internet. Il ne s’agit pas vraiment de streaming, mais de ce qu’on appelle le téléchargement progressif (progressive download). Le fichier a un débit suffisamment réduit et il contient des index, si bien qu’il peut commencer à être lu pendant qu’il est encore en train de se télécharger. C’est toute l’astuce, et on peut le faire soi-même. J’ai donné des réglages dans Créer des fichiers vidéo légers et de bonne qualité et dans Bonnes pratiques pour la mise en ligne de vidéos.

Plus de pixels, ce sont aussi des fichiers plus lourds. Sur un iPhone, une minute filmée en Full HD à 30 images par seconde pèse environ 65 Mo ; la même minute en 4K pèse environ 170 Mo, et 400 Mo à 60 images par seconde. Si l’on tourne tout en 4K, l’ordinateur rame au montage, les disques durs se remplissent très vite, tout devient compliqué à gérer, et l’on n’arrive parfois même plus à conserver ses rushes. Si le film est finalement diffusé en 1280 × 720, on se sera embêté tout le temps pour rien. Mon vidéoprojecteur, par exemple, affiche du 1080p : même si je lui donne des images 4K, il ne montrera que 1920 × 1080 pixels. Est-ce que ça vaut la peine de tourner en 4K pour lui ? Peut-être, mais peut-être pas.

Certain·es me diront qu’en tournant en 4K, on peut recadrer dans l’image et qu’on a beaucoup plus de liberté au montage. C’est vrai, mais on peut aussi faire attention à son tournage, et l’on n’a alors pas besoin de recadrer après. C’est une question d’exigence dans le travail. Alfred Hitchcock tournait uniquement les plans nécessaires, afin de piloter lui-même le montage qui en serait fait. Le mieux est parfois l’ennemi du bien.

La distance entre l’œil et l’écran

On pourrait me dire, pour ce film collectif : quelle honte, tu oses montrer un film de 1280 × 720 pixels sur un écran 4K ! Que l’image fasse 1280 ou 3840 pixels de large, la différence semble énorme. Si je me mets tout près de l’écran, bien sûr, je vois les pixels. Mais au fond de la salle, on ne voit pas la différence. Notre œil a ce qu’on appelle un pouvoir séparateur : au-delà d’une certaine distance, il ne distingue plus deux points voisins. On fixe en général cette limite à une minute d’angle, un soixantième de degré.

Pour l’opéra La Petite Renarde rusée, en 2016, j’avais dû accepter un vidéoprojecteur en 1280 × 720, parce qu’il ne soufflait pas et ne gênait donc pas la musique. Le premier rang était à 7,50 mètres de l’écran, et aux essais, on ne voyait aucune différence avec le Full HD. On peut voir ce dispositif dans Opéra « La petite renarde rusée » : Dispositif vidéo.

La qualité, c’est aussi la qualité d’expérience, que j’ai décrite dans Garder la trace : un film qui démarre dès qu’on clique et qui se déroule sans saccade. C’est très important quand on montre des vidéos dans une exposition : est-ce que je me sens bien quand je regarde cette vidéo ? Ça tient au nombre de pixels, et aussi à la lumière dans l’espace, à la manière dont l’écran est disposé, etc.

Choisir sa définition en partant de la diffusion

Je choisis donc la définition à l’envers, en partant de l’endroit où le film sera vu :

  • L’appareil de diffusion. Mon vidéoprojecteur est en 1080p, comme la plupart de ceux des médiathèques et des musées, et il n’affichera jamais plus de 1920 × 1080 pixels.
  • La distance. À l’opéra, le premier rang était à 7,50 mètres de l’écran, et le 1280 × 720 suffisait.
  • Le réseau. Le film collectif lu par le partage de connexion de mon téléphone a démarré tout de suite parce qu’il était en 720p et encodé pour internet.
  • La conservation. Les films de la plateforme Par ma fenêtre sont tous en 1280 × 720. Ils sont assez légers pour que je les sauvegarde avec le reste du site, et c’est ce qui m’a permis de le remettre en ligne après un piratage, en septembre 2026.

Avec CapCut, on choisit la définition au moment d’exporter, dans un menu qui s’appelle lui aussi « Résolution » : 1080p, 720p, etc. CapCut propose aussi « UHD par l’IA », une option payante qui agrandit l’image en 3840 × 2160. Avant de cliquer, je me demande où le film sera vu.

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Citer ce texte Benoît Labourdette, « Chapitre 6 : La définition de l’image », Benoît Labourdette production, 31 octobre 2026.
https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/les-bases-du-cinema-et-de-la-video-numeriques/chapitre-6-la-definition-de-l-image?lang=fr

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